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En 1830, Balzac – qui signe désormais de Balzac – est un homme à la mode. On dirait aujourd'hui un people. Tout juste trentenaire, le voici enfin reconnu. Après les échecs de sa maison d'édition puis de son imprimerie, qui l'ont laissé endetté, Honoré a rebondi en publiant Les Chouans. Il va dans le monde. Le spectacle qu'il découvre donnera La Comédie humaine. Et les questions d'élégance que se pose celui qui est alors un dandy lui font écrire une Physiologie de la toilette.
Le premier chapitre de la Physiologie de la toilette est consacré à la cravate.
Pourquoi cet intérêt spécial pour la cravate ?
Balzac l'explique d'emblée par l'époque : "Sous l'ancien régime, chaque classe de la société avait son costume; on reconnaissait à l'habit le seigneur, le bourgeois, l'artisan. [...] Les Français devinrent tous égaux dans leurs droits, et aussi dans leur toilette, et la différence dans l'étoffe ou la coupe des habits ne distingua plus les conditions. Comment alors se reconnaître au milieu de cette uniformité ? Par quel signe extérieur distinguer-le rang de chaque individu ? Dès lors était réservée à la cravate une destinée nouvelle : de ce jour, elle est née à la vie publique, elle a acquis une importance sociale; or elle fut appelée à rétablir les nuances entièrement effacées dans la toilette, elle devint le critérium auquel on reconnaîtrait l'homme comme il faut et l'homme sans éducation."
Plus loin il souligne que "de toutes les parties de la toilette, la cravate est la seule qui appartienne à l'homme, la seule où se trouve l'individualité. De votre chapeau, de votre habit, de vos bottes, tout le mérite revient au chapelier, au tailleur, au bottier, qui vous les ont livrés dans tout leur éclat; vous n'y avez rien mis du vôtre. Mais, pour la cravate, vous n'avez ni aide ni appui; vous êtes abandonné à vous même."
Balzac distingue trois catégories d'attitudes à l'égard de la cravate.
D'abord, celle qui mérite le moins notre attention, "la classe nombreuse d'hommes qui portent la cravate sans la sentir, ni la comprendre".
Ensuite, "ceux qui entrevoient ce qu'il y a de bien dans la cravate et ce qu'on en peut faire, mais qui, n'en pouvant tirer aucun parti par eux-mêmes, sont réduits à copier autrui. Esprits étroits, stériles, sans imagination, sans une seule idée à eux..."
Enfin, "ces hommes forts et solides par eux-mêmes, qui sentent et comprennent la cravate, qui la comprennent dans ce qu'elle a d'essentiel [...]. Ceux-là n'ont ni maîtres modèles, ils trouvent en eux de grandes, de nobles ressources; ils n'écoutent qu'eux-mêmes, ils sont véritablement créateurs."
La cravate pose souvent problème dans les entreprises. Beaucoup se censurent par peur de s'écarter du code vestimentaire. Et comme en matière de costume, le conformisme l'emporte.
Comment inverser la tendance ? Il suffit de faire lire ce que Balzac en dit. Gageons que les meilleurs auront à coeur de figurer dans la troisième catégorie.
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