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C'est un éléphant blanc
26-01-2020
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"Avec son toit et dans son ombre on voit tourner
pendant un court instant le troupeau de chevaux
bariolés, qui tous sont issus du pays
qui hésite longtemps avant que de descendre.
Certains d'entre eux sont attelés à des voitures,
mais ils affichent tous une allure martiale;
un lion rouge et méchant accompagne leur course,
et puis, de temps en temps, c'est un éléphant blanc.
Il y a même un cerf, comme dans la forêt,
sauf qu'il porte une selle et que sur cette selle
une boucle maintient une fillette bleue.
Le lion est chevauché par un gamin tout blanc;
de sa petite main brûlante il se tient ferme,
cependant que, le lion montre ses crocs, sa langue.
Et puis de temps en temps c'est un éléphant blanc.
Montés sur les chevaux ils passent et repassent;
aussi des filles, claires, trop vieilles déjà
pour ce jeu bondissant; tout en caracolant,
elles lèvent leurs yeux, ailleurs et nulle part –.
Et puis de temps en temps c'est un éléphant blanc.
Et tout cela se presse en hâte, vers sa fin
et ne fait que tourner et virer sans un but.
Un rouge, un vert, un gris défilent tour à tour,
et un petit profil qui à peine s'ébauche –.
Et parfois, se tournant vers nous, un beau sourire
éblouissant, heureux et tout abandonné
à ce jeu qui s'essouffle en son aveuglement."

 
Rainer Maria Rilke, Das Karussell (Le carrousel) Jardin du Luxembourg , 1906, traduction Dominique Iehl








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Jean-Jacques Salomon

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