Skip to content
Rue Soufflot
29-06-2019
Facebook!  Partager sur Twitter

 

C’était le 25 novembre (sic*), il faisait un temps gris, les femmes n’avaient pas chaud avec ce petit vent dans les jambes, sous les manteaux. Une voix s’éleva derrière eux : « Un vrai temps de Toussaint… » Une autre voix répondit: « C’est le mois, hein… Un temps d’enterrement, vous pouvez le dire. Il devait faire meilleur le jour qu’il est mort, Jaurès, en juillet 14… »

[...] Un espace vide s’étendit, puis des voix dirent dans les rangs de la foule : « Les voilà! » Le boulevard s’emplit : c’étaient les ouvriers de banlieue, la masse des quartiers denses de l’est et du nord de la ville ; ils tenaient la chaussée d’un bord à l’autre bord, le fleuve finalement s’était mis à couler. Les gens du premier cortège qui étaient des gens dignes ne chantaient pas, et comme ils chantaient l’Internationale, les locataires de la rue Soufflot et du boulevard Saint-Michel, qui n’en avaient jamais tant vu et qui commençaient à ne pas se sentir fiers derrière leurs rideaux à embrasses et leur brise-bise, se mirent à crier des injures et à tendre le poing, mais comme personne n’entendait leurs cris, ces manifestations des sédentaires n’avaient pas autrement d’importance.

Paul Nizan, La Conspiration, Gallimard, 1938

 

* En fait, la cérémonie s'est déroulée le 23 novembre 1924

jjsjpeg

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Jacques Salomon

Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

   

 

Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
 

Newsletter quotidienne gratuite

 Inscription à EN MÊME TEMPS (par oomark)

Le point de détail

La calme avant la tempête

En 1909, reprenant une formule de Lamartine en 1839, l'éditorialiste de L'Intransigeant, quotidien conservateur et antidreyfusard, s'inquiète de voir la France s'ennuyer. Motifs de cet ennui : l'individualisme et le défaut d'ambition des dirigeants politiques. En 1968, l'éditorialiste du Monde observe à son tour une accoutumance au [ ... ]
D'une guerre à l'autre

Avant la guerre de 1870, Wagner – qui a séjourné deux fois trois ans à Paris – n’est apprécié que par une minorité des mélomanes français. Ses partisans, dont Baudelaire, le défendent activement. Progressivement, l’opéra wagnérien trouve sa place sur la scè [ ... ]
Eugénie

Je l’ai côtoyée, lorsqu’elle était jeune fille ; je l’ai vue, lorsqu’elle était veuve et déchue ; j’ai causé avec elle ; je l’ai écoutée, dans les petits salons d’Arenenberg et dans la galerie de Camden Place ; je trouve Persigny indulgent, et je dirais volontiers [ ... ]